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Cap sur 2011!

2 février 2011

Cap sur « L’Ile des chèvres »….

Les répétitions ont sérieusement repris en ce début d’année. Les personnages se dessinent peu à peu, les liens des uns envers les autres, la mise en espace. Nos mémoires impriment petit à petit l’acte II.

Objectif: être prêts avant l’été, pour vous inviter à découvrir cette pièce pas si connue d’Ugo Betti dans un théâtre parisien.

En attendant, on continue de vous faire suivre de temps en temps nos exercices et nos avancées sur les 3 Coups de l’Eboule…

Aux prises avec le lâcher prise

14 octobre 2010

 

Une expression revient fréquemment dans les répétitions et cours de théâtre: le lâcher prise. Une expression clé, à laquelle vous finissez par penser tout le temps, refusant donc de lâcher prise sur la question du lâcher prise.

Ce petit billet est une commande d’un comédien de la troupe avec lequel nous avons du nous prêter à un exercice sur ce thème, non sans peine. Mais d’abord: qu’est-ce que le lâcher prise? La notion peut paraître floue. Dans un dico on trouvera « fait de prendre de la distance avec ce qui est source de stress ». Facile à dire. La chroniqueuse qui citait cette définition en a donné un élargissement particulièrement intéressant dans un article de La Tribune (à lire ici), qui mérite grande attention – rien d’artistique dans ce journal et pourtant cette chronique s’adressant aux cadres est précieuse pour un comédien. Le lâcher prise serait « comprendre qu’il y a une certaine vertu et un apaisement à prendre les aléas de la vie, mais aussi les joies comme elles nous viennent » car « ce n’est pas la réalité qui créer notre mal-être. C’est notre interprétation ». En conclusion, c’est « essayer de laisser advenir, de renoncer à la tentation du contrôle, perdre de vue nos préoccupations habituelles, nos certitudes, changer de façon de penser, d’appréhender le monde et les autres ».

Transposé à la scène, ce serait accepter ses émotions, ses sensations, ce qui vient de la chair. Les recevoir pour les donner. Laisser sortir l’amour, la colère, la tristesse, la surprise; libéré de la peur que cela suscite de les ressentir. Avoir le droit de ne pas tout maîtriser. Mais tout en maîtrisant cet abandon, puisqu’il y a dans le jeu un objectif, une tension dramatique – et oui, rien n’est simple.

Puis il y a une mise à nu dans tout cela et on ne veut pas non plus s’offrir comme ça. Puis une question de tempérament. Des gens qui ne s’énervent jamais. Comme nous 2 pauvres comédiens qui essayions vainement de nous mettre en colère contre la metteuse en scène qui nous provoquait dans des improvisations sur la dispute. Et qui finissait par être plus énervée que nous à nous voir dans l’impossibilité de ressentir et laisser sortir de la colère,  dans cette sérénité réelle ou contrainte par un verrouillage des émotions…

Alors comment faire. Travailler sur les images ou pensées qui suscitent l’émotion, développer son imagination pour se mettre le plus concrètement dans une situation? C’est indispensable, mais même quand l’émotion est là il faut savoir l’étendre, jouer avec.

Le lâcher prise est sans doute un travail perpétuel, une problématique qui se pose en permanence et à laquelle ce modeste billet ne peut sans doute pas apporter de réponse définitive. Mais il y a une question qui peut aider: « Que peut-il arriver de pire? ». Va-t-on tomber raide sur scène après une scène de ménage? Rester rouge toute sa vie après une explosion de joie? Devoir se faire opérer des canaux lacrymaux après avoir pleuré comme une madeleine? Pourquoi sommes-nous si attachés à contrôler? Avons-nous si peur de ne pas gérer nos limites qu’on les pose trop tôt?

Un de mes profs disait récemment que le comédien avait du plaisir à jouer la souffrance, qu’il ne fallait pas croire que jouer c’était sérieux. Faut-il sortir de l’esprit judéo-chrétien et d’expériences personnelles passées pour se défaire de la culpabilité du plaisir?

En tout cas après la répétition, nous sommes allés prendre un verre dans un bar qui diffusait I don’t blame you, de Cat Power. Une chanson absolument magnifique, idéale pour méditer sur le lâcher prise et ensuite…ne plus y penser.

Le désaccord du corps

21 septembre 2010

C’est la reprise des répétitions pour l’Eboule Totale Compagnie. Après Cinq filles couleur pêche, place à L’île des chèvres. Dans cette pièce, chacun a ses secrets, mais parfois, l’espace d’un instant, la vérité transparaît à travers quelque chose que les personnages ne parviennent pas toujours à contrôler : leur corps.

Il n’en faut pas plus pour trouver prétexte à un exercice…qui rend chèvre : s’efforcer dans un dialogue à dire l’inverse de ce que son corps exprime. Ou plutôt à faire dire à son corps l’inverse de ce que l’on dit. Bref : oublier le sens des mots pour que ça soit le corps qui parle.

Exemple appliqué dans l’exercice : une scène entre deux protagonistes où le premier est amoureux du second, qui ne l’aime pas. L’amoureux doit faire sa déclaration avec les mots les plus tendres possibles tandis que son corps doit exprimer le rejet le plus profond. A l’inverse, l’aimé qui n’aime pas doit dire l’impossibilité de la relation tandis que son corps doit exprimer l’attirance la plus absolue. C’est dire je t’aime en repoussant l’autre le plus loin possible de la salle tandis qu’il vous dit qu’il vous déteste en vous prenant dans ses bras. Les deux comédiens se prêtant à l’exercice – ressemblent, certes, à des personnes ayant perdu tout sens commun – mais surtout s’aperçoivent qu’ils finissent par oublier complètement ce qu’ils disent textuellement, et que les mots n’ont plus d’importance. Ceux-ci  s’effacent pour laisser place à l’idée manifestée par les gestes et l’expression corporelle.

Excellent entrainement donc, pour se rappeler qu’au théâtre, c’est le corps et non le texte qui a le dernier mot.

L’exercice est évidemment à garder pour la scène.  Dans la vie, pour votre bien-être et celui de vos interlocuteurs, il vaut mieux que le corps soit…en accord avec le cœur.

Parler sans rien dire

12 avril 2010

Quand on commence le théâtre, on est, souvent, profondément attaché aux mots. On est tombé un peu amoureux d’eux alors on ne veut pas les quitter comme ça…Puis on glisse petit à petit vers une séparation salvatrice : on apprend à parler sans les utiliser.

Le « langage imaginaire » est alors un outil plus que précieux pour les comédiens. Il consiste à n’utiliser que des syllabes ou des onomatopées pour parler et faire semblant de dire quelque chose qui a un sens – mais en fait quand vous l’utilisez vous ressemblez à un échappé d’asile ou à un voyageur d’une contrée lointaine où les habitants parlent un mélange de japonais, africain et russe…

Lors d’une dernière répétition de Cinq filles couleur pêche, nous avons utilisé ce « langage inventé » pour apprendre à libérer les corps, parfois trop figés sur scène. Contrainte de l’exercice: devoir exprimer une attitude en utilisant uniquement cette façon de « communiquer ».

Deux comédiens doivent alors se parler en langage imaginaire. Le premier (A) raconte un problème à son interlocuteur (B), qui doit tour à tour exprimer :

le jugement positif: B soutient A dans ses propos, il adhère à ce qu’il lui explique et trouve que A a très bien réagi dans la situation expliquée, dans l’esprit What a wonderful world.

le jugement négatif: B n’est absolument pas d’accord avec A et estime que son attitude mérite réprobation, dans l’esprit remix d’Amy Winehouse: I know you’re no good.

l’écoute contrainte : B écoute ce que lui raconte A parce qu’il l’aime beaucoup, mais vraiment, au fond, ça l’intéresse autant qu’une émission Chasse et Pêche sur l’enfumage des terriers…

– l’écoute attentive et curieuse: B est complètement fasciné parce que ce que A lui raconte et veut connaître les moindres détails de l’histoire évoquée, de l’heure du RDV à la couleur de la moquette.

l’empathie: B comprend parfaitement ce que A lui raconte, il parvient à se mettre à sa place et à ressentir ce que B lui fait partager. On rêve tous d’amis comme ça.

l’interprétation: B « joue les psys » et explique à  A d’où vient son problème, façon Freud et Dolto réunis. 

L’utilisation du langage imaginaire dans toutes ces situations produit l’effet escompté: comme l’esprit se libère de la contrainte du sens et ne peut plus s’appuyer sur les mots pour exprimer un ressenti, tout bascule sur le corps. Puisque l’on ne peut plus se rattacher au langage concret pour manifester son émotion ou son intention, on utilise des roues de secours qui sont pourtant essentielles dans le jeu : le regard, les gestes et la position des mains ou des bras, le sourire, la posture, etc. .

Les transports sont en grève? Vous y allez à pied ou en vélo, l’important c’est d’arriver à destination. L’on réagit un peu pareil pour s’exprimer.

Une fois le corps libéré, il doit apprendre à fonctionner de la même façon quand il s’associe au langage « réel ». L’avantage de ce genre d’exercice est qu’une fois que le corps a franchi un cap, il le garde en mémoire.

Tout ça est finalement une  nouvelle occasion, et assez ludique en plus, de réfléchir à « ce que parler veut dire »…

Lire avec l’autre, lire l’autre

26 novembre 2009

En attendant un choix définitif de pièce (négociations en cours, bientôt terminées…!), la troupe continue des exercices pour faciliter le contact entre les comédiens et approfondir le travail d’improvisation.

Lors d’une dernière répétition, Victoria, qui a rejoint cette année le Conservatoire d’Art Dramatique du 7ème, a pu nous faire découvrir les exercices qu’elle pratique en cours.

Nous nous sommes alors prêtés au jeu des « 8 lectures », dont le principe consite à répéter des scènes en duo selon un mode de lecture bien précis. Chaque duo applique les 8 lectures pour une même scène choisie.

A chaque lecture, le texte est dicté aux 2 comédiens travaillant la scène par  par une 3 ème personne.

On se lance…!

– 1ère lecture: se dire le texte en dessinant l’autre (il est necessaire de prévenir d’emblée le partenaire de ses piètres talents de dessinateur pour éviter toute vexation…)

2è lecture: se dire le texte en chuchotant dans les bras l’un de l’autre

3è lecture: se dire le texte avec haine, en laissant monter une émotion de colère

– 4è lecture: alterner les 2, colère et chuchotement dans les bras, en fonction de son intuition et non en rapport direct avec le sens du texte

– 5è lecture: se dire le texte en laissant se balader, selon notre intuition, nos mains sur feuille blanche qui représente le plateau

– 6è lecture: se dire le texte collés contre un mur l’un à côté de l’autre, en ayant comme seules autorisations de mouvement de tourner la tête à gauche et à droite

– 7è lecture: idem, avec comme autre mouvement la possibilité de se placer derrière, à côté ou en face de l’autre

– 8è et dernière lecture: l’on se serre dans les bras pendant un petit moment, avant de se détacher pour se déplacer dans l’espace les yeux fermés

Après avoir effectuer ces 8 lectures, l’on s’apperçoit de tout ce que l’on a retiré de chacune d’elle sans même en avoir eu conscience.

Elles permettent d’abord un contact inédit à l’autre (nous avons peu l’habitude au sein de la troupe de nous parler en nous chuchotant dans l’oreille ou de faire se balader nos mains sur une feuille…) qui facilite l’approche de son partenaire de jeu et renforce une complicité essentielle pour l’interprétation des scènes.

Mais aussi elles permettent la prise de conscience des énergies qui circulent. Passer de la colère à la douceur en quelques instants dans la 4ème lecture, c’est éprouvant et en même temps cela amène à donner, prendre et redonner très vite ce que l’autre nous fait passer de lui.

Ce ne sont que quelques exemples de ce que l’exercice apporte. Il développe en tout cas une conscience de soi, une conscience de l’autre et une confiance en lui qui laisse l’ agréable sensation d’avoir construit ou développé un réel lien avec son partenaire de jeu.

On devrait organiser des lectures en « free hug » dans l’espace public…