Posted tagged ‘Cinq filles couleur pêche’

Deux semaines et demies…

18 mai 2010

Oui, à l’approche des représentations, nous vivons des moments presque aussi excitants que Mickey Rourke et Kim Basinger dans « 9 semaines et demies ». Mais sur un plan légèrement différent, donc je réduis le délai. Et rassurez vous il n’y a aucune scène sadomasochiste dans Cinq filles couleur pêche d’Allan Ball (quoique pour certaines d’entre nous, se refaire aux talons hauts peut s’y apparenter).

Le texte, les accessoires, la nouvelle mise en scène. La nécessité d’articuler, de dégager l’énergie. Et, le stress, inévitablement. « Tous les soirs, le risque du pire ou du meilleur se présente aux acteurs sous l’aspect d’un trac qui ne les quittera jamais durant toute la période où la pièce sera donnée. Cette insatisfaction, cette peur constante viennent peut-être de ce sentiment que la représentation ne sera jamais qu’une « ultime répétition » ».  Aux hasards des lectures se rencontrent aussi des échos particulièrement signifiants. 

Mais tout cela fait la singularité de la chose et amène ce pourquoi nous jouons: le plaisir. Et l’envie qu’il soit partagé. Alors nous partons sur la grande ligne droite des dernières répétitions, nos week-ends sont bouclés dans l’objectif avoué mais non prétentieux de vous en faire passer un bon quand vous viendrez nous voir.

Si vous assistez au mariage dont s’enfuient les cinq filles couleur pêche, ce sera la meilleure récompense de ces jours passés à travailler sur cette chronique piquante de la société moderne; de ces heures passées à se demander ce que Julia craint des hommes et d’elle-même, ce contre quoi Margaret est en colère, ce qui fait de Brenda un roc extravagant, ce que défend France, ce qui attache Georgia à son romantisme, et ce pourquoi Monsieur Tripp Davenport est un peu de douceur dans un monde de brutes…

Nous vous attendons donc les jeudi 03 juin – samedi 05 juin et dimanche 06 juin, à 19h.

Au Théâtre des Deux Rêves
5 Passage de Thionville, 75019 Paris
Métro Laumière (ligne 5) ou Crimée (ligne 7)

Tarif : 12 € /  Tarif réduit : 8 € (étudiants, séniors, chômeurs) / Tarif mécène sans plafond.

Réservation : eboule.totale@gmail.com (indiquez le jour, nom/prénom, nombre de personnes)

C’est complet pour jeudi!! Presque pour samedi, si vous voulez être tranquilles, venez dimanche!

Nous espérons qu’à cette demande en mariage théâtrale, vous nous répondrez: oui!

Parler sans rien dire

12 avril 2010

Quand on commence le théâtre, on est, souvent, profondément attaché aux mots. On est tombé un peu amoureux d’eux alors on ne veut pas les quitter comme ça…Puis on glisse petit à petit vers une séparation salvatrice : on apprend à parler sans les utiliser.

Le « langage imaginaire » est alors un outil plus que précieux pour les comédiens. Il consiste à n’utiliser que des syllabes ou des onomatopées pour parler et faire semblant de dire quelque chose qui a un sens – mais en fait quand vous l’utilisez vous ressemblez à un échappé d’asile ou à un voyageur d’une contrée lointaine où les habitants parlent un mélange de japonais, africain et russe…

Lors d’une dernière répétition de Cinq filles couleur pêche, nous avons utilisé ce « langage inventé » pour apprendre à libérer les corps, parfois trop figés sur scène. Contrainte de l’exercice: devoir exprimer une attitude en utilisant uniquement cette façon de « communiquer ».

Deux comédiens doivent alors se parler en langage imaginaire. Le premier (A) raconte un problème à son interlocuteur (B), qui doit tour à tour exprimer :

le jugement positif: B soutient A dans ses propos, il adhère à ce qu’il lui explique et trouve que A a très bien réagi dans la situation expliquée, dans l’esprit What a wonderful world.

le jugement négatif: B n’est absolument pas d’accord avec A et estime que son attitude mérite réprobation, dans l’esprit remix d’Amy Winehouse: I know you’re no good.

l’écoute contrainte : B écoute ce que lui raconte A parce qu’il l’aime beaucoup, mais vraiment, au fond, ça l’intéresse autant qu’une émission Chasse et Pêche sur l’enfumage des terriers…

– l’écoute attentive et curieuse: B est complètement fasciné parce que ce que A lui raconte et veut connaître les moindres détails de l’histoire évoquée, de l’heure du RDV à la couleur de la moquette.

l’empathie: B comprend parfaitement ce que A lui raconte, il parvient à se mettre à sa place et à ressentir ce que B lui fait partager. On rêve tous d’amis comme ça.

l’interprétation: B « joue les psys » et explique à  A d’où vient son problème, façon Freud et Dolto réunis. 

L’utilisation du langage imaginaire dans toutes ces situations produit l’effet escompté: comme l’esprit se libère de la contrainte du sens et ne peut plus s’appuyer sur les mots pour exprimer un ressenti, tout bascule sur le corps. Puisque l’on ne peut plus se rattacher au langage concret pour manifester son émotion ou son intention, on utilise des roues de secours qui sont pourtant essentielles dans le jeu : le regard, les gestes et la position des mains ou des bras, le sourire, la posture, etc. .

Les transports sont en grève? Vous y allez à pied ou en vélo, l’important c’est d’arriver à destination. L’on réagit un peu pareil pour s’exprimer.

Une fois le corps libéré, il doit apprendre à fonctionner de la même façon quand il s’associe au langage « réel ». L’avantage de ce genre d’exercice est qu’une fois que le corps a franchi un cap, il le garde en mémoire.

Tout ça est finalement une  nouvelle occasion, et assez ludique en plus, de réfléchir à « ce que parler veut dire »…